LHG développe et pilote depuis 2008 une filière unique de poivre bio de São Tomé. Cet archipel volcanique se situe au large de l’Afrique occidentale. Nous avions consacré un premier article à ce projet passionnant.
Comment rendre viable une structure agricole située à 5 000 km de la métropole ? Pourquoi choisir le format coopératif ? Comment former les producteurs à l’agriculture biologique ? Gilles Talrich, Président de LHG, partage son retour d’expérience dans cet entretien.
La coopérative, un choix évident pour le poivre de São Tomé

Le format de la coopérative agricole possède cet avantage de permettre au travailleur agricole d’être à la fois propriétaire de sa La coopérative permet à chaque travailleur d’être propriétaire de sa terre et son propre patron. Ainsi, LHG a pu fédérer les agriculteurs autour de la culture du poivrier, jusqu’alors presque inexistante sur l’île. La première étape consistait à ouvrir des débouchés à l’export et à bâtir un centre de transformation.
Le poivre brut exige un traitement rigoureux pour devenir consommable. Cela impose une mise en commun des équipements techniques. Grâce à la coopérative, des producteurs indépendants s’associent pour exporter directement leurs récoltes.
Ce modèle garantit aussi la pérennité économique du projet. En effet, les volumes de l’archipel restent modestes face au marché mondial. Il fallait donc valoriser un produit irréprochable à un prix rémunérateur, sans subir les cours internationaux.
Sur le marché classique, on compte parfois jusqu’à douze intermédiaires. La coopérative relie directement le producteur au client final. Cet équilibre supprime les marges excessives et motive les planteurs au quotidien.
Le pilotage technique et l’accompagnement local
LHG encadre la filière sur l’ensemble de la chaîne technique. Nos équipes définissent le cahier des charges et prévoient les volumes annuels. Elles fournissent le matériel de transformation et supervisent les périodes de taille.
Cette gestion se prolonge après la récolte avec le stockage et le transport international. Pour la formation agricole, nous avons sollicité l’ONG Agri Sud. Ses experts ont instruit les équipes locales sur l’agroécologie et la gestion d’entreprise grâce à des financements européens.
Un terroir volcanique certifié biologique

Choisir le bio relevait de l’évidence agronomique. L’archipel bénéficie d’un sol volcanique généreux, de pluies régulières et d’un soleil permanent. Ce climat offre un cadre remarquable pour les plantes.
De plus, l’État local ne dispose pas des budgets nécessaires pour acheter des intrants chimiques. Certifier la filière permet de vendre ce poivre d’exception à sa juste valeur. Le poivre conventionnel n’aurait aucun sens économique sur de si petits volumes.
Nous avons sélectionné des plants locaux reconnus pour leur productivité et leur finesse d’arôme. Le goût provient directement de ce terroir préservé, sans aucune manipulation génétique. Le procédé de séchage demeure lui aussi entièrement artisanal.
Cette exigence demande de la patience. Lancée en 2008, l’aventure a produit ses premiers volumes significatifs à partir de 2020. Aujourd’hui, les deux ateliers de transformation emploient jusqu’à trente personnes au mois d’août. Chaque collaborateur bénéficie d’un contrat de travail stable et protecteur. long : créée en 2008, ce n’est qu’à partir de 2020 que la coopérative a obtenu un volume de production industriel satisfaisant.

Une agriculture vertueuse et diversifiée
L’agriculture biologique repose sur des principes simples. Les producteurs fertilisent les rangs de poivriers avec du compost et des légumineuses. Les résultats concrets ont vite convaincu le reste des villageois.
En constatant l’amélioration des revenus de leurs voisins, de nouveaux exploitants ont rejoint l’aventure. La coopérative propose aussi des avances financières, du microcrédit et une assistance sociale ciblée.
Actuellement, 350 agriculteurs cultivent des parcelles de 500 m² à un hectare. L’entreprise Hénaff soutient le projet en préfinançant les récoltes. Ce système assure un revenu fixe aux familles entre la cueillette d’avril et l’expédition d’automne.
Contrairement au palmier à huile, le poivrier n’étouffe pas les sols. Il cohabite facilement avec les cultures vivrières et le maraîchage. L’exploitant continue ainsi à nourrir sa famille sur ses propres terres.
Nouveaux défis : poivre rouge et poivre sauvage
LHG continue d’innover sur l’île. Nous développons la production de poivre rouge, une variété rare aux notes fruitées très délicate à sécher.
Nos équipes explorent aussi la récolte du poivre sauvage (Piper borbonense) dans les forêts insulaires. Par ailleurs, nous envisageons d’introduire le curcuma et le gingembre bio. Leurs cycles végétatifs complémentaires assureront des rentrées d’argent toute l’année aux cultivateurs.
Notre démarche prouve qu’un produit d’excellence naît d’un commerce équitable entre le planteur, l’artisan et le consommateur.




